Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog personnel littéraire, Pyckenji veut, à travers ses posts, exercer son style en tentant de révéler la beauté là où on ne l'attend pas nécessairement.

Publicité

Le soir venu

     La clé tourne, les volets s'ouvrent. J'ouvre la porte vitrée qui fait office d'entrée et donne sur la cuisine. La plus grande pièce de la maison, quatre mètres sur trois. Je pose le courrier en vrac sur la table pour ajouter au désordre ambiant. La vaisselle patiente tranquillement dans l'évier. Rien n'a bougé, rien ne bouge jamais vraiment quand elle n'est pas là. Des choses s'entassent de temps en temps par endroits, tout au plus. Par une ouverture sur le côté, je passe dans la pièce principale, ancien garage au plafond bas, coupée en trois entre la chambre, le coin salon et le coin bureau. J'ignore mon petit tas de linge sale consciencieusement jeté contre la penderie. Je pose mon sac à côté du bureau, me défais de ma veste qui rejoint pêle-même le linge "en cours d'utilisation". Machinalement, j'allume l'ordinateur et pose mes gentilles fesses sur la chaise. L'ennui me sourit de tous ses pixels. Ce nouvel ennemi ne m'est pas familier, il est plutôt bien armé et ose m'attaquer en terrain connu ! Je tente un scan anti-spyware, puis un autre anti-virus, mais rien ne paraît pouvoir le décrocher de mes précieux mégaoctets. Je me résigne à trainer malgré tout sur le web, où tout semble plus vivant que dans notre petit nid à demi-déserté. Puis, je mange devant la télé un petit plat, préparé à mon attention pour que je survive en son absence, du moins autrement que par un menu "pâtes trop cuites et steak haché grillé". Les images de la T.N.T. glissent sous mes yeux, c'est elle d'habitude la maîtresse de la télécommande. De retour sur l'ordinateur, les petits mots doux écrits sur des post-its ornent les bords de l'écran et me rappellent encore droit à elle. Pourtant, nous étions ensemble il y a peu. Ridicule, ce sentiment de solitude ; ridicule, absurde, tellement précieux : le luxe de l'amour fou. Quelques clics rêveurs et pensifs plus tard, un miaou et quelques ronrons de notre chat forment le seul écho que m'apporte le soir. Je passe un coup de fil à ma belle. Nous nous faisons la conversation et débattons du moindre brin de paille. Le dialogue sous-tend le manque implacable qui nous tombe dessus dès que nous nous éloignons. Nous nous résignons à nous souhaiter bonne nuit. Elle ne dormira pas ou peu, moi peut-être un peu mieux, un peu plus tard. Pas encore. Je mets un peu de musique, me laisse aller à fredonner quelques couplets, voyage de titre en titre, espérant toujours le même refrain. Au final, toujours le même couac absent. Et je persiste, languissant en musique qu'elle revienne animer notre foyer minuscule, râler après mon linge et la vaisselle qui s'éternisent, caliner le chat et lui expliquer les choses de la vie, réclamer de l'attention et dormir tout contre moi. Ivre de nostalgie, je finis par aller me coucher. Mon lit est froid comme un cercueil et tout semble mort dans la pénombre. Le vide est fait autour de moi, la place est faite large pour le sommeil et ses bras de plomb ; pourtant, les pensées se bousculent encore au pied de la scène de mon amoureuse. En l'attendant, il me reste les mots et les rêves. Quelques mots pour lui dire que son absence est pareille à une nuit sans étoiles et sans lune, quelques rêves pour voguer à sa rencontre dans des cieux d'artifices, préparés spécialement pour elle.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Quelle addiction !Et pas de remède connu à ce jour !
Répondre