• Le spectacle de la grande place

    Ma contribution au cirque qui fait sa tournée française en ce moment...

    En ce moment, il y a, sur la grande place, un magnifique spectacle de marionnettes. Il est vraiment dommage que son décor grandiose soit planté dans un endroit aussi peu entretenu et dont les espaces verts sont laissés à leur sort. C’est regrettable, car on sent que les organisateurs se sont vraiment donnés du mal pour réaliser un univers chatoyant, nous entraînant sans effort vers un monde à part. Il y aurait sûrement un public bien plus large si la grande place était encore ce qu’on devine qu’elle fut lorsqu’elle venait d’être construite.

    C’est presque par hasard que j’ai assisté à une représentation. Chacune des marionnettes ou presque avait un nom propre : Lonfil était resplendissant ; tant son visage que ses habits respiraient l’élégance et la richesse. La voix qui lui était prêtée était grave et assurée, comme si tout ce qui lui arrivait était d’une importance capitale. Cependant, à chacun de ses mouvements, un drôle de carillon métallique accompagnait ses gestes, ce qui rendait, la plupart du temps son discours inaudible ou ridicule. Pelen, aux cheveux d’or, était également propre sur elle et, au premier abord, séduisante ; pourtant, dès qu’elle était contrariée et parfois même, sans qu’on en sache la raison, une rage obscure éclatait sur la scène et elle se mettait à hurler après les autres marionnettes. Elle hurlait même après un autre carillon métallique qui accompagnait ses propres gestes et invitait souvent le public à crier avec elle, le prenant à partie. On aurait dit le stéréotype de l’enfant gâtée, mais sans père. Cramon avait un côté comique : il passait son temps à déambuler d’un bout à l’autre de la scène en affirmant qu’il fallait tout changer ; rien ne lui allait mais, au final, on sentait bien qu’il ne voulait rien changer du tout. Un moment tout à fait drôle était celui où, s’approchant du foyer brûlant de l’âtre, une torche à la main, il s’écriait : « ça ne va pas du tout ce feu, le feu c’est mauvais pour nous, il faudrait le faire disparaître ! Quoi, moi ? Non, ça c’est une torche, ça n’a rien à voir ! » Puis, il passait le reste de la scène à essayer de démontrer l’utilité de la torche contrairement à la débauche de feu d’un âtre. Lémanchon, lui, était en même temps comique et inquiétant. Il passait son temps à dire qu’il allait tout casser et rebâtir un autre décor. Ses marionnettistes n’hésitaient pas à sortir de scène et à faire promener sa tête hirsute à travers le public, qui devenait donc à la fois la cible et le complice de ses attaques répétées. Il y avait tant d’autres personnages que j’aurais bien du mal à tous vous les présenter de mémoire.

     

    C’était d’ailleurs là la faille de ce théâtre de pacotille : il y avait tant de personnages et l’intrigue était si mal fagotée que le récit finissait indubitablement par s’éparpiller sur scène et hors de scène dans un brouhaha mêlant les hurlements des marionnettistes aux bavardages du public lassé de n’y rien comprendre. Quel dommage ! Heureusement qu’il s’agissait d’une prestation gratuite !


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