• Le retour

    Petit texte de circonstance en cette réactivation du blog.

    Cela faisait des heures qu’il avançait : un voyageur solitaire poursuivait sa route au milieu de la plaine comme un fantôme errant dans son manoir hanté. Le regard perdu dans l’horizon, il aurait été seul même au milieu d’une foule. Il mettait un pied devant l’autre sous le ciel menaçant, imperturbable, sans vraiment savoir jusqu’où il pourrait aller.

    Ses chaussures de randonnée, sales et usées, avait chacune une barbe de boue et de terre qui leur donnait des allures de vieux corsaires cuvant dans le fond d’une taverne, cherchant des âmes de bonne volonté à qui confier leurs derniers secrets, au cœur du récit sans fin de leurs dernières aventures. Ses vêtements sobres se fondaient dans sa silhouette, à demi-dissimulés sous un long manteau noir. Une écharpe bleue se lovait autour de son cou et venait s’enrouler jusque sous son nez. Le visage, ainsi engoncé entre le bout d’étoffe et un bonnet solidement vissé sur la tête, ne laissait guère deviner le détail de ses traits : quelques mèches en bataille, un début de barbe broussailleuse, des sourcils épais, un nez fin pointant en une curieuse petite boule. Finalement, ces quelques bouts de figure n’étaient là que pour orner le contour de ses yeux : marrons dévorés de vert, quelques pépites d’or y éclairaient la route du voyageur. Ils lui offraient également un regard chaleureux et profond qui aurait pu sonder jusqu’à l’âme ses compagnons, si toutefois il en avait eus un jour.

    Alors qu’il était encore comme aspiré par un chemin invisible qui se déroulait devant lui, son esprit peinait à suivre son corps. Ce boulet traînait dans les nuages gris et s’y prélassait gentiment ; rien ne paraissait pouvoir le rappeler aux affaires terrestres. Ses pas le menèrent à gravir le flanc d’une colline. Malgré son terrain accidenté, l’homme progressait sans encombre, flottant parmi les hautes herbes jouxtant le sentier. Il retenait toute trace visible d’effort ; seules quelques volutes d’eau condensée s’échappaient, au contact de l’air froid, à chaque expiration. Au sommet de la colline, une paroi verticale de plusieurs mètres venait guillotiner brutalement le sentier, interdisant l’accès à la suite de l’itinéraire. Immobilisé quelques instants pour scruter le haut de l’obstacle, le voyageur poussa un long soupir ; puis, il inspira profondément et sans hésiter, d’une poigne ferme et d’un pied assuré, s’attaqua à l’escalade du massif rocheux. Son accession au sommet se fit sans heurt, comme s’il pouvait continuer sa route par tout moyen, quelles qu’en soient les conditions.

     

    Il releva la tête en même temps que le reste de son corps, raide comme la pierre. Le massif s’en trouvait presque réhaussé d’un bon mètre. Il observait, en contrebas et flirtant avec l’horizon, une ville immense. Tous les bâtiments s’étaient attroupés pour l’accueillir. Nombre d’immeubles, hauts de plusieurs étages se proposaient d’intimider les arrivants mais, de cette hauteur, ils étaient bien insignifiants. Un long rempart contenait cette foule de béton à l’intérieur des murs. De larges portes, assez grandes pour être distinguées à cette distance, ouvraient leur bras en signe de retrouvailles. L’homme se remit en chemin, il fallait répondre à cette invitation.


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