• Ce que le tonnerre me confia

    Texte écrit au rythme d'une phrase par jour. Publié sur le groupe facebook "Des mains et des plumes".

     

     

     

    Il grimpait sur les toits des maisons, rabaissant le droit du sol au sous-sol, lorgnant les nuages. Droit comme un i, des pieds à la tête comme de la terre à la lune, il dansait chaque nuit avec une étoile. Cette valse nocturne bousculait les autres astres, qui filaient à toute vitesse avant de disparaître. Quand le jour revenait, le géant nébuleux s'en retournait à la terre, déchiré par la rupture céleste. Se lovant autour de l'orange bleue, il dormait tout le jour, fuyant les feux du projecteur solaire. Ses rêves diurnes l'amenaient d'ordinaire tout naturellement vers la prochaine danse. Une voie de songes toute tracée qui faisait qu'il ignorait tout du jour mais connaissait doublement les mystères de la nuit.

     

    Un jour, un 24 décembre, alors que la neige le couvrait délicatement de son blanc manteau, un flocon tomba dans le creux de son oreille et vint chatouiller son sommeil. C'est ainsi que, pour la première fois de sa vie, le géant vit le jour. Les rayons du soleil, reflétés par la neige, inondèrent son crâne d'un bourdonnement douloureux.

     

    "Argh ! Mais...?! Quel bandit vient donc me brûler les yeux pendant mon sommeil ? Montre-toi !"

     

    Le géant eut beau proférer menaces et promesses de représailles, le soleil ne lui répondit rien, et il fut privé de sa vue jusqu'à la nouvelle année. La nuit du jour de l'an, il ouvrit les yeux sur son étoile, et son rayonnement lui fit peur. L'étoile était très étonnée par la réaction de son cavalier ; lorsqu'elle tentait une approche, il se cachait derrière son orange bleue. Elle dansa par scintillement, pour lui rappeler leurs rendez-vous nocturnes, mais elle ne réussit qu'à l'apeurer un peu plus : il se cacha jusqu'au jour. Là, il n'eut d'autre choix que de se confronter à la lumière et un autre monde s'ouvrit devant lui. La cavalière du géant avait disparu ; dans la voûte céleste, un seul astre brûlait en maître. Bien qu'au yeux du soleil il ne fût qu'un insecte, l'astre respectait sa condition de géant, ce qu'il ne manqua pas de démontrer brillamment dès le premier abord.

     

    "Bonjour mon grand, c'est bien la première fois que je te vois. Quel est ton nom ?"

     

    Le géant se dressa sans mot dire ; c'était bien la première fois qu'on lui demandait son nom, avant même qu'on lui en ait attribué un. Ne sachant que répondre, il prit son inspiration, et plongea dans le soleil. Le soir venu, l'étoile chercha en vain son cavalier ; de désespoir, elle s'échoua dans l'océan. Depuis, à chaque orage, il se murmure que soleil et océan libèrent leur prisonnier, que chaque éclair est une valse endiablée qui fait tourner la tête à l’éternité.

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 16 Février 2011 à 13:54

    Joli texte, très poétique !

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